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COP 21 - "La mascarade a pris fin..." Communiqué de presse de la Via Campesina, de la Coordination Européenne Via Campesina et de la Confédération Paysanne - Climat : Vrai problème, fausses solutions

dimanche 13 décembre 2015

Après deux semaines de projecteurs braqués sur la bonne conscience des chefs d’Etat, la COP 21 s’est achevée sur un accord dont nous savions d’avance qu’il ne contiendrait rien de bon pour les peuples.

Rien de contraignant pour les Etats, des contributions nationales qui mènent en fait à un réchauffement supérieur à 3°C, des avancées surtout pour les multinationales… Voilà à quoi aura servi ce grand raout essentiellement médiatique.

Les Etats savent pourtant se contraindre quand il s’agit de signer des accords de libre-échange qui remettent en cause le fonctionnement démocratique des pays et ne servent que les multinationales ! Encore une fois, il est clair que l’argent fait loi, même face à l’avenir de l’Humanité.

L’avenir de la planète est entre les mains des peuples, de ce mouvement social qu’on a bridé pendant deux semaines, et qui a su s’exprimer aujourd’hui. Les paysannes et paysans du monde issus d’organisations membre de la Via Campesina, étaient présent à Paris tout au long de cette COP 21 pour marteler que le secteur agricole est gravement impact.

Les paysans et les paysannes sont les vigies du climat qui se modifie, mais l’agriculture industrielle contribue à leur disparition. Or, cette COP21 ouvre une porte toujours plus grande à la spéculation financière sur la nature, ne fait que poursuivre l’industrialisation de l’agriculture, et accélérer l’accaparement des ressources naturelles.

Paysannes et paysans du monde, repartent dans leurs fermes d’autant plus déterminés à mener leurs luttes pour la souveraineté alimentaire avec tous les peuples du monde.

La mascarade a pris fin, mais leur combat continue de plus belle !

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1. les OGM

191115OGMscUne merveilleuse technologie à double pouvoir selon ses promoteurs. Les OGM auraient d’abord la possibilité d’atténuer les changements climatiques en permettant de diminuer l’usage des pesticides, fortement émetteurs de gaz à effet de serre par leur production et leur utilisation, et de réduire les labours qui libèrent du carbone. Encore mieux, le développement des OGM permettrait d’obtenir des plantes résistantes aux sécheresses ou aux inondations, et donc de s’adapter aux changements climatiques !

Vraiment ?

En fait, les tolérances des OGM à un (ou plusieurs) herbicides ou insecticides crée rapidement des résistances et des adaptations qui font apparaître dans les champs nombre de plantes indésirables ou de ravageurs. Il faudra alors utiliser encore plus de pesticides pour y faire face !

Quant à la question du non-labour, il n’a pas de sens et d’impact s’il est réalisé dans une démarche d’agriculture industrielle, qui fait appel à des systèmes sans rotation de culture ou les herbicides sont légion. En Argentine, le non-labour sur le soja Round Up Ready de Monsanto a détruit des hectares de prairies et de forêts, donc d’indispensables puits de carbone.

L’adaptation aux dérèglements climatiques est le leurre suprême. C’est la complexité génétique et une biodiversité naturelle riche qui permet à la nature de s’adapter, pas sa destruction !

Les OGM appartiennent à un système agro-alimentaire industriel qui brevette le vivant, accapare les savoir-faire paysans, empêche et détruit les pratiques de l’agriculture paysanne et dont l’ensemble de la chaîne est fortement émettrice de gaz à effet de serre et destructrice pour le climat. Un très bon moyen donc de faire du profit sur le dos des dérèglements climatiques et en méprisant les paysans !

. 2 : les agrocarburants

Pour résoudre la crise du réchauffement climatique, les multinationales proposent de fausses solutions. Loin de régler le problème, elles apportent leur lot de dégâts. Voici le deuxième article de notre petit tour d’horizon

agro-carburantsscLes agrocarburants. Chez les promoteurs de fausses solutions, on les appelle « bio » carburants. Il s’agit d’une production qui aurait l’énorme mérite de réduire la dépendance au pétrole, et donc ses émissions de gaz à effet de serre, en créant de l’énergie à base de végétaux, une ressource présentée comme illimitée, à la différence des énergies fossiles !

Vraiment ?

En réalité, la production d’agrocarburants mobilise de grandes surfaces de terres agricoles au détriment de la production alimentaire. Des milliers d’hectares de terres fertiles sont détournés de leur vocation nourricière, remettant en cause le droit à la souveraineté alimentaire des populations locales. De plus, l’expulsion des paysans de ces terres dans des conditions parfois violentes est une négation de la dignité des personnes et de leurs droits.

Comme il en faut toujours plus, on se met à chercher des terres partout, et on décide alors d’arracher les arbres en Amazonie et ailleurs. La destruction de ces zones, souvent reconnues comme puits de carbone, entraîne d’importantes émissions de CO2.

A cela s’ajoute un mode de culture ultra-intensif, fortement consommateur d’intrants chimiques divers. Pour le « bio », on repassera…

Enfin, la crise alimentaire de 2007-2008 avec ses émeutes de la faim, nous l’a montré de manière exacerbée : les agrocarburants provoquent une pression très forte sur le prix des denrées alimentaires, et les multinationales ont très vite évalué les bénéfices qu’elles pouvaient tirer. On notera d’ailleurs la forte présence sur ce marché du français Sofiprotéol-Avril dirigé par Xavier Beulin (président du syndicat agricole majoritaire en France).

3. REDD+

Pour résoudre la crise du réchauffement climatique, les multinationales proposent de fausses solutions. Loin de régler le problème, elles apportent leur lot de dégâts. Troisième article de notre petit tour d’horizon. Part 2.2« Réduction des émissions issues de la déforestation et de la dégradation », une bien belle ambition, et avec un + qui va bien ! Le mécanisme est simple : les pays (ou les populations locales, les associations, etc.) qui ont des ressources importantes en forêt évaluent ce qui leur en coûte financièrement de ne pas détruire leur forêt et la quantité de carbone ainsi non rejetée dans l’atmosphère.

Ensuite les pays industrialisés (ou les collectivités, ONG, multinationales, etc.) payent ces pays forestiers pour empêcher la destruction de la forêt. En échange de leur investissement pour sauver les forêts, ils s’offrent un mécanisme de compensation de leurs émissions et/ou obtiennent des crédits carbone. Un juste échange en somme ! Et le +, c’est pour quand on parle aussi d’amélioration des stocks de carbone, de gestion durable et de conservation des forêts.

Vraiment ?

A y regarder de plus près, on se rend compte que REDD+, c’est surtout le chapeau sous lequel se négocie la disparition des forêts lors des COP, au lieu de poser la question d’une réduction effective des émissions de gaz à effet de serre issus de l’utilisation des énergies fossile.

Il s’agit de prévisions de destruction des forêts, donc rien de vraiment concret. Par contre, les crédits carbone émis, eux, sont bien réels, et sont de véritables indulgences pour émettre des gaz à effet de serre en toute impunité.

Par ailleurs, les populations des paysans qui vivent dans ces zones forestières se retrouvent souvent obligées de réduire leur production vivrière pour planter des arbres, réduisant donc la souveraineté alimentaire. Les contrats de conservation peuvent aussi leur empêcher d’accéder à des espaces où elles pratiquent habituellement la cueillette, la chasse ou la culture itinérante.

Aujourd’hui les négociations climat envisagent la possibilité d’ajouter les terres agricoles à ces mécanismes de marché carbone et de compensation. C’est la porte ouverte aux accaparements de terres par des multinationales avides de toutes les possibilités pour continuer à dérégler le climat sans que le système ne soit remis en cause.

Plus d’information ici : Comment les projets REDD fragilisent l’agriculture paysanne ?

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Climat : Vrai problème, fausses solutions : 4. L’agriculture « intelligente »…

Pour résoudre la crise du réchauffement climatique, les multinationales proposent de fausses solutions. Loin de régler le problème, elles apportent leur lot de dégâts. Quatrième article de notre petit tour d’horizon : L’agriculture intelligente face au climat.

Part 2.2Le 23 septembre 2014, lors du sommet mondial pour le climat convoqué par Ban Ki-moon à New-York, la FAO et la Banque Mondiale ont lancé l’Alliance globale pour l’agriculture climato-intelligente. Celle-ci doit permettre, simultanément, d’accroître les rendements agricoles, de renforcer la résilience des systèmes agricoles et de réduire les émissions de gaz à effet de serre ! Voilà donc qui pourrait résoudre trois des plus grands défis auxquels nous faisons face – nourrir la population mondiale, lutter contre les dérèglements climatiques, assurer la pérennité des systèmes agricoles.

Vraiment ?

L’usage d’intrants chimiques et d’OGM n’est pas exclu, pas plus que la production d’agrocarburants industriels. Des multinationales comme Yara (leader mondial des engrais), Monsanto ou Syngenta sont d’ailleurs des acteurs majeurs de cette nouvelle alliance internationale. On comprend donc mieux que les systèmes agricoles industriels du Nord et du Sud, pourtant les plus nocifs pour l’environnement, soient épargnés.

Cette alliance soutient le développement d’une agriculture qui fait disparaître les paysan-ne-s en les dépossédant de leurs terres, de leurs pratiques et savoir-faire. En somme, poursuivre et accélérer l’industrialisation et la financiarisation de l’agriculture est le véritable objectif. L’agriculture intelligente face au climat est le nouvel outil des multinationales pour faire encore de l’agriculture leur pompe à fric !

Climat : L’agriculture paysanne est une vraie solution au dérèglement climatique !

Alors que les multinationales exposent aujourd’hui leurs fausses solutions au Grand Palais, à Paris, voici le dernier article de notre série où l’on comprendra que l’agriculture et l’agroécologie paysannes sont une vraie bonne solution au dérèglement climatique.

agro-cologiesc(Harare, 4 décembre 2015) Projets politiques de la Conf’ et de la Via Campesina, l’agriculture et l’agroécologie paysannes sont des démarches qui répondent aux enjeux sociaux, sociétaux et environnementaux. Elle promeut des modes de culture cohérents avec les milieux naturels, qui préservent la biodiversité, améliorent la fertilité des sols, visent l’autonomie des fermes, et dans lesquels le nombre d’animaux est corrélé à la taille de la ferme.

Vraiment ?

Eh oui ! Certains voudraient nous faire croire que les productions industrielles sont moins émettrices de gaz à effet de serre car plus concentrés. En réalité, inscrites dans des systèmes extrêmement consommateurs d’énergie (intrants chimiques, transports pour l’exportation et l’importation, ultra-mécanisation, etc.), elles ont un effet réellement néfaste pour le climat. 50% des émissions de gaz à effet de serres sur la planète sont imputables au système alimentaire industriel mondial.

Face à cela, l’agriculture et l’agroécologie paysannes se veulent économes, au bénéfice de l’environnement comme des paysans. Elles promeuvent l’autonomie sur les fermes, réduisant d’autant les importations, par exemple, d’alimentation animale produite à l’autre bout du monde. Elles encouragent aussi le maintien de prairies et de pâturages qui sont de véritables puits de carbone. Enfin, elle défend la relocalisation des productions et de la commercialisation, réduisant d’autant les transports des consommateurs comme des marchandises.

Au final, l’agriculture et l’agroécologie paysannes sont les seule véritables solutions pour freiner les émissions de gaz à effet de serre dus à l’agriculture et au système alimentaire. Alors que nos dirigeants saluent allègrement les multinationales et leurs fausses solutions, il est urgent de changer le cap de l’agriculture pour engager une véritable démarche positive pour le climat !

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