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La guerre, ça sert aux marchands de canon - Ventes d’armes : la Russie en pointe au détriment des occidentaux

lundi 14 décembre 2015

LES ECHOS

19 constructeurs russes et leurs filiales figurent au palmarès des 100 premiers fabricants mondiaux

Dans un marché en repli pour la quatrième année consécutive en 2014, les ventes de Moscou ont progressé de 50 %. Mais les marchands d’armes américains et européens contrôlent toujours 80 % du marché.

En dépit de la multiplication des conflits, les affaires des marchands d’armes ne vont pas si bien que cela finalement. Selon l’Institut de recherche sur la paix internationale de Stockholm (Sipri) , ces ventes ont en effet enregistré leur quatrième repli d’affilé pour les 100 premiers fabricants de la planète. La baisse a atteint 1,5% en 2014, pour atteindre 401 milliards de dollars (365, 6 milliards d’euros) ce qui représente cependant toujours plus de cent fois le budget annuel des opérations de maintien de la paix des Nations unies.

Mais au delà de la baisse du marché global, l’étude du Sipri montre une redistribution des cartes.

Si les entreprises basées aux Etats-Unis et en Europe de l’ouest s’arrogent toujours plus de 80% du marché, leurs ventes en valeur s’affichent en baisse de 3,2 points de pourcentage par rapport à l’année précédente.

Trois d’entre elles quittent le top 100. «  Avec une baisse combinée de 7,4% de leurs ventes d’armes, les entreprises d’Europe de l’ouest accusent le recul le plus marqué, témoignant des difficultés économiques de la région  », note le Sipri.

Les ventes françaises en baisse de 11 % en 2014 mais devraient rebondir en 2015

Souvent présentée comme l’un des acteurs importants du marché des ventes d’armes, la France est aussi en petite forme.

Les ventes de l’industrie française ont décru de 11,3% en 2014, plombées par l’avionneur Dassault (-29,3%) et le groupe d’électronique de défense Thales (-17,4%).

La revente des Mistrals russes à l’Egypte mais aussi la vente d’avions Rafales permettra peut être d’espérer une année 2015 un peu meilleure. Selon les premières estimations en effet les commandes à l’exportation pourraient atteindre cette année un record de quelque 15 milliards d’euros, soit une hausse de 80 %.

Les ventes russes ont progressé de 50 %

A l’inverse, les 36 entreprises représentant le reste du monde dans ce classement annuel ont vu leurs revenus bondir de 25% l’an dernier, dopés par une explosion de près de 50% des ventes de l’industrie russe, dont 19 constructeurs et leurs filiales figurent au palmarès du Sipri.

Loin derrière le premier fabricant mondial, l’américain Lockheed Martin (37,5 milliards de dollars de revenus), Almaz-Anteï se place au 11ème rang avec un chiffre d’affaires de 8,8 milliards de dollars. La holding russe produit notamment le missile BUK mis en cause dans la destruction du Boeing 777 de Malaysia Airlines le 17 juillet 2014 en Ukraine.

Une large part de la production russe est destinée aux armées du pays, mais le pays compte également d’importants clients dans le monde, dont l’Inde et la Chine rivales, toujours en pointe dans la course à l’armement.

La Syrie se fournit aussi auprès de Moscou depuis l’ère soviétique. Sauf que Damas «  ne reçoit plus grand chose actuellement  », note Simon Wezeman, spécialiste des dépenses militaires au Sipri.

Après bientôt cinq années d’un conflit qui a fait plus de 250.000 morts et poussé à l’exode des millions de personnes, la Syrie «  n’a plus les moyens  » de s’équiper pour combattre les groupes rebelles et les jihadistes du groupe Etat islamique, remarque-t-il. «  Les Russes disent en gros : vous payez, on livre, sinon on ne le fait pas  ».

Pas d’effets des sanctions

Dans l’ensemble, les ventes d’armes russes n’ont pas pâti des sanctions internationales décrétées après l’annexion de la Crimée en mars 2014. Les représentants du secteur affirment que cela a encouragé la Russie à chercher de nouveaux marchés et à développer de nouvelles technologies. Le directeur général de l’agence Rosoboronexport en charge des exportations d’équipement militaire, Anatoli Issaïkine, a récemment estimé que ces ventes devraient rester stables dans les trois années à venir.

Le groupe Ouralvagonzavod, une grosse holding regroupant plus de 30 sociétés industrielles et employant plus de 70.000 personnes, est celui dont les affaires augmentent le plus vite. Il a réalisé en 2014 un chiffre d’affaires de 1,45 milliard de dollars, un bond de près de 50% par rapport 2013, selon le Sipri.

A l’inverse, les ventes d’armes de l’Ukraine se sont effondrées en 2014 (-37,4%). UkrOboronProm, société d’Etat couvrant l’essentiel des ventes du pays, est tombé de la 58e à la 90e place du classement de l’institut suédois, victime «  d’un affaiblissement de la monnaie nationale, des perturbations de la production liées au conflit et de la fin du commerce d’armement russo-ukrainien à la mi-2014  », note le Sipri.

Enfin les entreprises chinoises ne sont pas comptabilisées par le Sipri «  faute de données permettant des estimations acceptables  ».

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