SILPAC CGT de Rouen, du Havre et de leur région

Hommage à Daniel Cauret

19 avril 2018

Partagez :
Partager sur Facebook
Partager sur Twitter

Difficile de prendre la parole, toujours difficile et particulièrement là, face à vous la famille, les proches, et tous ceux qui ont aimé Daniel pour l’homme, l’homme et ses engagements…

Car c’est bien d’engagements dont il est question, ceux qui caractérisent l’homme comme époux, comme père et grand-père. Il nous donnait des nouvelles de Nicole, il ne tarissait pas d’éloge pour son-petit fils.

Daniel aussi le politique, car oui il était politique, le syndicaliste CGT adhérent au Parti communiste français.

Daniel c’était le secrétaire de l’UL de Dieppe, c’était le militant et le dirigeant de l’UD, c’est aussi lui qui en parti, a donné à ces jeunes du Livre de Rouen le gout de la CGT interprofessionnelle en distillant le stage d’accueil. Daniel c’était le pédagogue, c’était l’écoute des camarades, celui qui élevait la réflexion.

 » Je l’ai rencontré en 1993 et je l’ai connu comme négociateur lors de la réduction du temps de travail en 1999. Je me souviens de ces jours de négociations difficiles. Un soir l’équipe se séparait avec des interrogations. On s’était donné RDV le lendemain matin au local syndical, chaque membre de la délégation devait réfléchir, on se disait, on fera un tour de table.
Le lendemain, chaque camarade y allait de sa réflexion…. Mon tour arriva, j’exposais, on me disait alors, c’est une connerie ! Daniel se rapprocha alors de moi et me dit : développe ta réflexion, dis-nous ton cheminement et je te dirais pourquoi tu es à côté ! « 

Nous avons aussi vu Daniel bondir dans ces négociations, nous l’avons vu sanguin, face par exemple à un Amaury Dewavrin directeur général dénué de capacité de dialogue social, qui suite à un arrêt de travail traita la délégation CGT de saboteurs ! Daniel lui rappela que sous le régime de Vichy les résistants étaient traités de saboteur et qu’à la libération ce sont eux qui furent décorés ! La CGT défend les travailleurs, respecte le travail et les outils de productions.

Daniel c’était aussi l’humour à froid, quand le rédacteur en chef se présentait à lui : bonjour, Gilles d’Auxerre, il ne put s’empêcher de se présenter à son tour : « bonjour, Daniel de Dieppe ».

Le pot de départ de Daniel à l’imprimerie avec les imprimeurs et ouvriers expéditionnaires fut aussi épique ! Le Directeur Général s’invita dans la salle de repos des ouvriers pour leur demander de commencer le travail ! Il eut évidemment un bon accueil :

 » Vous n’avez rien à faire dans la salle de repos des ouvriers, vous n’avez pas été invité à ce pot de départ, les ouvriers responsables sortent eux un journal tous les jours, ce sont des professionnels ! Sortez !
Les camarades entonnaient alors le  » A la Santé du confrère  » et le directeur quittait la salle de repos rouge de colère ! Il osait tout celui-là.

Daniel à la retraite, était toujours très attaché à son syndicat Silpac de Rouen et du Havre, il resta un dirigeant actif au comité exécutif. Il prit aussi des responsabilités au bureau de la section des retraités composé des anciens salariés de la presse havraise et de Paris Normandie.
Daniel avait cette intelligence de l’organisation, de laisser faire les actifs, mais toujours à l’écoute toujours et toujours de bons conseils, un dirigeant éclairé !
Il aimait son syndicat on peut le dire, il veillait à la cohésion du collectif et rappelait, s’il le fallait, les règles de bien-être et de fraternité qui doivent prédominer à la CGT. Une situation de crise, c’est on serre les coudes !

Pour Daniel, militer à la CGT c’est un engagement, c’est aussi être humble, altruiste, mais cela ne veut pas dire être un jésuite !

Daniel dans son militantisme c’était une tête bien faite qui marchait sur deux jambes, si la lutte, la contestation faisaient partie de son ADN cela ne pouvait suffire, savoir analyser une situation et être force de propositions l’animait. L’activisme pour l’activisme ne réglerait pas le quotidien des salariés.

En 2012, quand Hersant s’exilait fiscalement en Suisse et confie le sort de Paris Normandie et la presse Havraise au Tribunal de Commerce, Daniel était de tous les coups devant le Tribunal de Commerce du Havre, il soutenait les camarades, il réconfortait, il se tenait aussi dressé contre les forces de l’ordre.

En 2016, 2017 Paris Normandie est à nouveau au Tribunal de Commerce, Daniel, bien que malade, participait, il se déplace à Rouen et soutient les salariés devant le Tribunal de Commerce de Rouen. Il soutenait la stratégie du Syndicat qui était de proposer une reprise du journal par les salariés et des tiers. Seule stratégie pour se faire entendre du tribunal. Brûler seul des palettes aurait dans ce cadre-là, accélérer la liquidation du journal et voir l’apparition sur le territoire de la Voix du Nord.

Tous nous attendaient là… Les gars du Livre vont brûler des palettes, même dans nos rangs ! Alors que proposer un projet étayé, travaillé avec les salariés a obligé le Tribunal à recevoir notre offre de reprise et la juger comme celle des autres repreneurs, c’était les forcer à revoir la copie des licenciements initialement déjà actés.

Daniel était fier de cette lutte, une lutte en droite ligne avec le programme « les jours heureux » du conseil national de la résistance : une presse libre, indépendante mise à l’abri des influences étrangères et de l’argent.

Daniel c’était un livre de l’histoire social, une génération qui a vécu des évolutions importantes dans le monde du travail et politique. Il n’était pas pour autant un syndicaliste passéiste. Il avait toujours le souci de savoir être force de propositions dans un monde en mouvement mais avec dans la besace les fondamentaux de la CGT et le couteau à la ceinture.

Il manquera demain pour ma part aussi dans des discussions où les verbes finissant par « ave » : dicave, marave, choillave, boucrave… Daniel aussi, le Corsica Dieppois, le frère de la cote, j’aimais à lui dire flibustier !

Daniel va manquer à tous et nous nous joignons à la peine de tous, la famille et les proches.

Mais, Daniel nous lègue en héritage une belle histoire, l’histoire d’une vie pleine, riche d’enseignement, de savoir être, de savoir-faire. Celle-ci restera, elle vient enrichir notre histoire sociale et celle de notre organisation syndicale.

L’histoire de Daniel, un camarade, qui a emprunté et parcouru de nombreux chemins, dont celui du syndicalisme et du PCF, elle est pleine de sens.

A nous camarades de poursuivre son action et celles de bien d’autres camarades malheureusement disparus, c’est notre histoire, notre mémoire collective, l’histoire d’une grande organisation, chaque jour plus riche de l’action de ses militants, une, une seule et indivisible comme Daniel.

Prolonger son action, pour nous syndiqués et syndicalistes, nous camarades du Parti Communiste Français, c’est véritablement la meilleure des façons de rendre hommage à la mémoire de Daniel.

Il est dit, dans notre pays, que les académiciens sont des immortels.

Je te vois Daniel au local syndical participer à la rédaction d’un tract, je te vois Daniel à ton poste de travail en tant que correcteur, corriger les fautes des écrivant, remettre en forme les textes, malheureusement le pouvoir d’un correcteur s’arrêtait là ! Tu aurais tout pu réécrire !

Pour ton syndicat, tu es un immortel !