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Réaction aux écrits peu ragoûtants de Christian Seguin
dans le Sud-Ouest Dimanche du 18 mars 2018

19 mars 2018

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Quel formidable abus de pouvoir !

En ce dimanche 18 mars, je n’ai pas bien digéré mon petit déjeuner.

En cause : la lecture d’un brulot publié dans Sud-Ouest Dimanche sous la plume de Christian Seguin. Certes le personnage n’en est pas à son coup d’essai avec sa rubrique « La folle semaine ». Généralement il éreinte tout ce qui n’a pas de pouvoir ou tous ceux qui sont déjà malmenés par le matraquage médiatique. C’est pourquoi, cela fait déjà pas mal de temps que je ne prends plus la peine de m’attarder sur ces écrits peu ragoûtants. Heureusement que son éminent confrère Jean-Claude Guillebaud relève hebdomadairement le niveau et contribue à 
justifier ma persévérance à lire « le journal du 7e jour » auquel je suis abonné à un tarif « préférentiel » (un privilège certainement…) issu de ma longue carrière professionnelle dans cette entreprise de presse.

Mais il faut croire que je dois avoir un côté masochiste puisque ce matin j’ai eu le mauvais réflexe de porter mon regard sur cette diatribe anti-cheminots. Bien évidemment, il n’y a dans ce pamphlet aucune élément nouveau que nous n’ayons déjà entendu dans la bouche des libéraux de tous poils et les adeptes de la « concurrence libre et non-faussée ». Les bons vieux clichés style café du commerce sont repris les uns derrière les autres en des termes qui se veulent intellectualisés mais qui ont du mal à dissimuler un populisme littéraire et partisan.

Au vu de son ancienneté dans le métier, notre journaliste doit certainement avoir le « grade » de « grand reporter », lui assurant ainsi, conformément au statut défini par la Convention collective nationale des journalistes, un revenu très largement au dessus de celui d’un cheminot. Revenu par ailleurs assorti d’un abattement fiscal créé pour sa profession en 1934, au temps des locomotives à vapeur, et qui perdure aujourd’hui, à l’heure du TGV, sous la forme d’une réduction de son revenu net imposable d’un montant forfaitaire de 7 650 euros.

Ainsi l’homme, vu sa condition, devrait échapper à tout risque de « jalousie sociale ». D’autant que lui non plus « n’identifie pas de privilège à son endroit » mais un dû, destiné à compenser ses.. frais professionnels.

Pourtant, il se plait à comparer la situation d’un cheminot avec celle des « 6,3 millions d’ouvriers, les plus frappés par la précarisation, le chômage et les contrats temporaires. » Il se réjouit par ailleurs qu’un « gouvernement ose s’attaquer » à ce qu’il qualifie de « système épuisé, bientôt dynamité par la concurrence européenne et maintenu sous perfusion par un Etat paupérisé ». On comprend vite que l’auteur n’a pas pris la peine de réellement s’informer sur la réalité des situations ou des chiffres qu’il répète savamment. On devine que ses sources d’information sont plus proches des « Echos » que du magazine « Alternatives économiques ». Et si par cas c’est le syndrome de la page blanche qui le tenaille lorsqu’il faut livrer ses 70 lignes hebdomadaires à la rédaction, il a bien compris qu’il ne prendra aucun risque avec la « ligne éditoriale » en hurlant avec les loups.

On peut donc s’attendre dans les semaines qui viennent à le voir reprendre tous les poncifs qui ne vont pas manquer de déferler sur les grévistes, les « otages », etc.


Et si par malheur, toutes celles et ceux qui se préparent à se battre n’arrivent pas à faire reculer le gouvernement sur l’essentiel, il aura participé sciemment, par une information tronquée et partisane à élargir encore un peu plus le socle des millions de travailleurs frappés par la précarisation, le chômage et les contrats temporaires, corollaire incontournable de la suppression du statut de cheminot pour les nouveaux embauchés.

Quel formidable pouvoir de nuisance, quel formidable abus de pouvoir, quel formidable mépris envers ce qu’il appelle « cette majorité invisible et sans protection » pour laquelle il ne voit d’avenir qu’en les mettant tous dans le même wagon d’une « société égalitariste » où le bien commun serait le recul social généralisé.

Serge AUDONNET
le 18/03/2018

Rapport Spinetta : l’analyse des Cheminots