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Les salariés de Fibre Excellence veulent un avenir et non des vautours
10 juin 2026
• Montreuil, le 9 mai 2024
Les vautours de SPB, filiale du groupe canadien Dottori, continuent de planer au-dessus des papeteries françaises. Leur nouvelle proie : Fibre Excellence et ses plus de 700 emplois. Les sites de Saint-Gaudens et de Tarascon sont désormais dans le viseur de ces fossoyeurs de l’industrie, dont la méthode est désormais bien connue : dépôt de dossier à la dernière minute, absence totale de projet industriel, aucune garantie pour l’emploi et aucun engagement pour l’avenir. Ces ferrailleurs canadiens n’ont qu’une obsession : démanteler les usines, vendre les machines au poids de la ferraille et spéculer sur le foncier. Le papier, les savoir-faire, les salariés, les territoires ? Tout cela ne compte pas. Seule importe la rentabilité immédiate.
Depuis des années, SPB tente de mettre la main sur les papeteries françaises. Derrière les discours financiers qui séduisent les tribunaux de commerce se cache une réalité froide : celle d’une prédation organisée qui ne produit rien, sinon du vide. SPB n’est pas un investisseur. C’est un liquidateur professionnel.
L’évité surprise
Ce liquidateur n’a rien d’un inconnu. C’est même l’évité surprise qui s’invite sans jamais être convié. Les 200 salariés de Condat viennent d’en faire l’amère expérience. SPB a repris le site pour mettre à la porte la quasi-totalité des salariés, avec à la clé un projet de data center dont la crédibilité reste à démontrer. Même scénario à Bessé-sur-Braye, chez Arjowiggins, en 2020, où plus de 600 emplois ont été sacrifiés. Aujourd’hui, le papier n’y est plus fabriqué. Les ouvriers laissent place aux microprocesseurs d’un super calculateur.
Les salariés de Fibre Excellence, comme ceux qui les ont précédés, méritent mieux que d’être livrés à l’appétit de prédateurs financiers. Ils méritent un véritable projet industriel, des investissements et une ambition pour la filière papetière française. Faut-il attendre que la totalité du papier consommé en France soit produite à l’étranger ? Est-ce cela, la souveraineté industrielle tant vantée par nos responsables politiques ? Les grands discours sur la réindustrialisation ne valent rien lorsqu’ils se fracassent contre l’inaction et la résignation.
La colère monte
L’industrie française, et notamment l’industrie papetière, doit être défendue, pas jetée en pâture à des nécrophages. Il faut encore le rappeler : derrière une usine, il y a des familles, des commerces, des sous-traitants, des communes entières qui vivent de son activité. Derrière une usine, il y a tout simplement des vies qui ne demandent qu’à être vécues dignement grâce au travail.
Les pouvoirs publics, qu’ils soient au ministère ou ailleurs, doivent sortir de leur torpeur. La sieste confortable dans laquelle ils se sont installés ne fait qu’alimenter la colère de celles et ceux qui voient disparaître leur avenir sous leurs yeux.
Soyons clairs : si Fibre Excellence est livrée à SPB ou à tout autre fossoyeur du même acabit, ceux-ci ne mettront bientôt la main que sur un champ de ruines. Face à la casse sociale annoncée, les salariés invoquent déjà leur droit à la révolte qui pourrait bien finir par ouvrir les yeux à tous ces gens en petits costumes et chaussures pointues qui regardent les usines comme de simples lignes comptables. Le seul bénéfice de cette cécité sélective pourrait être un réveil brutal, au milieu de l’odeur de la sueur et de la colère de salariés déterminés à défendre leur outil de travail.
Pourtant, ce drame annoncé peut encore être évité. À une seule condition : que le travail, l’expérience et le savoir-faire des salariés soient enfin respectés, et qu’on leur donne les moyens de continuer à produire plutôt que de préparer leur disparition. •


