Section des retraités du Livre CGT de Bordeaux

Livre Bordelais N° 71

1 juillet 2019

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Le pompier pyromane

En 1995, à l’occasion d’un discours sur l’Europe, François Mitterrand déclarait notamment : « Le nationalisme c’est la guerre« . Cette phrase a évidemment marqué les esprits, car on peut difficilement oublier que c’est au cours de ses deux septennats que l’extrême droite nationaliste a vu son audience monter en flèche en étant utilisée par le pouvoir de l’époque pour affaiblir la droite « traditionnelle ». Sauf que si cette tactique politicienne s’est avérée efficace, elle a durablement installé les Nationalistes dans le paysage politique français. Emmanuel Macron, n’étant pas issu de la même veine intellectuelle, tente de reprendre pour son compte les mots de son prédécesseur en affirmant, le 11 juin, lors d’un discours devant l’OIT*, à propos de la montée des nationalismes en Europe :  » Je crois que la crise que nous vivons peut conduire à la guerre et à la désagrégation de nos démocraties. ». Et d’en rajouter sur les dégâts du « capitalisme débridé » et sur ses « erreurs » dans la gestion du mouvement des gilets jaunes.

Il fallait être d’une naïveté confondante pour croire un instant que ce discours serait annonciateur d’un fléchissement du président des riches, adepte déclaré du capitalisme, vers une politique plus sociale, plus tournée vers ceux qui galèrent un peu plus tous les jours.

Mais non… Les plans sociaux se succèdent, les tarifs de l’électricité explosent (voir page 12), la Sécurité sociale est de nouveau en déficit en raison des exonérations sociales massives accordées aux entreprises auxquelles il faut ajouter les « primes Macron » de ce début d’année et dont la reconduction a été d’ores et déjà actée par le gouvernement. Les prix des carburants sont toujours aussi élevés et le gouvernement vient de décider, tout seul (même la CFDT n’a pas signé, c’est dire), d’une économie de 3,4 milliards d’euros sur le dos des chômeurs (voir pages 4 et 5).

Quant à la réforme des retraites à venir (voir page 11), elle n’a pour ambition que de baisser les pensions de tous, sous prétexte d’une harmonisation. Le pouvoir joue sur le fait qu’en supprimant quelques avantages à certaines catégories professionnelles, il obtiendra l’assentiment de la partie de la population qui n’en bénéficie pas. C’est sur ce type de réactions détestables que s’appuie depuis le début la méthode Macron visant à opposer les citoyens entre eux pour mieux les manipuler. Tout cela avec l’aide incontestable des grands media toujours prompts à collaborer à l’enfumage collectif (voir page 12).

Alors quand Macron nous parle de crise pouvant conduire à la guerre… on croit rêver. C’est le pompier pyromane. La crise c’est lui et la continuité de cette politique régressive. Elle favorise le rejet du politique et jette une partie de l’électorat populaire dans les bras de l’extrême droite qui tente de mettre sous l’étouffoir ses fondements racistes et xénophobes pour mieux l’attirer. Ce qui va plutôt bien à Macron qui peut ainsi se présenter comme le rempart face au nationalisme, etc.

Alors, pour faire bonne mesure, il est bon de se souvenir de cette citation tirée d’un discours de Jaurès en 1895 :  » Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage« . L’Histoire a malheureusement montré qu’il avait raison et que le capitalisme s’accommode tout à fait du nationalisme quand il ne remet pas en cause ses intérêts. Macron, un barrage au nationalisme ? Allons donc…

  • lire la lettre de Philippe Martinez en pages 4 et 5

Serge AUDONNET
Secrétaire de la section