
Filpac CGT
Malvieille, la grande maison dans la prairie
26 mars 2025
• Montreuil, le 26 mars 2025
Éloignée de la ville, du bruit, des lumières artificielles et de la foule, campée à 1 100 mètres d’altitude, dans le parc naturel régional du Livradois-Forez, la vieille maison aux murs de granit sommeille, entre deux réveils ponctués de parfums de cuisine, de cavalcades dans l’escalier, de conversations et de rires sous ses poutres massives – des pins entiers coupés dans la forêt voisine. Nous sommes à Malvieille, au cœur du Puy-de-Dôme, dans la commune de Chambon-sur-Dolore.
La fédération CGT du papier a acheté cette ancienne ferme en 1966, découverte par Oswald Calvetti, lors d’un déplacement syndical. Un beau parrainage en l’occurrence. Avant de reprendre son métier de papetier, en 1945, et de devenir un important responsable CGT confédéral et l’un des principaux dirigeants de la Filpac, Oswald Calvetti, membre des Jeunesses communistes, était entré dans les FTP, puis avait combattu aux côtés des FFI…
Son souhait ? Fidèle à ses valeurs, faire de cette maison un lieu solidaire et convivial, en y permettant, par des tarifs abordables, des séjours de vacances pour les salariés, retraités, leurs familles, leurs amis… syndiqués de la Fédération du papier-carton, devenue par la suite Filpac CGT.
La maison remplit ce rôle pendant vingt ans et en 1986, une association est créée, confiée aux anciens dirigeants de la Fédération du papier et aux responsables actuels de la Filpac. Oswald Calvetti en sera un des présidents.
Malvieille acquiert alors une autre dimension. Dans l’esprit de ceux qui la font vivre, il s’agit de lui conférer aussi un rôle de lieu de mémoire des syndicats papetiers, une référence historique de l’activité syndicale et des luttes papetières. Ils disposent déjà d’un fonds d’archives dense, qui demande à être actualisé et surtout mis en valeur, pour faire connaître ce riche passé. Cette génération pionnière, aujourd’hui d’âge vénérable, a entrepris de passer le flambeau, lors de l’assemblée générale de l’année dernière, à un collectif plus étoffé, de militants plus jeunes.
La vieille bâtisse, datant de la fin XIXe, tourne, à leur gré, de façon un peu trop confidentielle, accueillant un trop petit nombre d’initiés. Elle cherche un second souffle.
Elle nécessite les travaux d’entretien classiques (toiture) mais aussi de modernisation. Ses dépendances (granges, bergerie) puisqu’il s’agit d’un corps de ferme, recèlent d’intéressantes possibilités d’extensions et de nouveaux aménagements… sous réserve des finances nécessaires.
Pour l’instant, elle peut recevoir confortablement au minimum sept personnes, dans des pièces spacieuses, bien équipées et chauffées en hiver. Les amoureux d’une nature préservée ne peuvent pas mieux rêver, au milieu des bois, des prairies d’altitude, à parcourir à pied, à skis ou à VTT. On peut même, si on se sent les pouces verts, apporter sa contribution à l’entretien des fleurs et des arbustes qui entourent la maison. Initiative chaleureusement conseillée, qui va du simple arrosage en été au fauchage de l’herbe foisonnante, au moyen d’une faux traditionnelle et bien aiguisée pour les plus téméraires… ou à la tondeuse à gazon, pas forcément plus facile de maniement pour les autres, les deux engins herbivores étant entreposés dans l’écurie. Se ravitailler en évitant soigneusement les grandes surfaces se révèle aussi une jolie activité : vente à la ferme, marchés de proximité, permettent de solides approvisionnements en cochonnaille auvergnate, fromages et vins locaux.
Mais la région regorge surtout de richesses touristiques, architecturales et historiques. À commencer par Ambert, la ville toute proche, avec ses maisons du XVe et XVIe siècles. C’est justement là, un peu plus bas dans la vallée, que se trouve le moulin Richard de Bas, dernier moulin à papier d’Auvergne, qui produit aujourd’hui environ 200 feuilles de papier par jour, destinées principalement à des éditions d’art. Il est également le premier « musée vivant de France », classé monument historique depuis 1983 et entreprise du patrimoine vivant depuis 2020. La conservation, la transmission, le témoignage, le partage avec les plus jeunes de cette mémoire écrite, c’est dans l’ADN des papetiers. La nouvelle équipe de Malvieille en imagine donc les modalités possibles, les passerelles qui pourraient s’établir entre ces sites et ces activités, ces lieux de proximité géographique et d’intérêt.
Reste à trouver les partenariats et les investissements nécessaires pour mener à bien ce projet particulièrement bien adapté à notre temps, dans le cadre d’un tourisme respectueux de l’environnement, à forte valeur ajoutée culturelle et solidaire. •