Politique

Un facho malentendu

2 avril 2025

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Il faut le savoir : pour les sphères fascistes, il existe deux formes de justice. La première, d’une indulgence infinie, laisse tranquilles les « vrais » délinquants, ceux qui sont barbus, bronzés ou qui défendent les droits sociaux dans la rue, bons seulement à servir de chair à matraque. Et puis il y a cette justice insupportable, celle des « gouvernements des juges », qui ose condamner des responsables du RN.

Salades réactionnaires
Quand est tombé le verdict dans l’affaire du détournement de fonds publics au Parlement européen pour financer le parti fondé par Jean-Marie Le Pen, les plateaux de l’empire Bolloré ont vacillé. Stupeur et tremblements en direct. « Mais ce n’est pas aux juges de décider de l’avenir de la démocratie ! » éructe la présentatrice de CNews. « C’est un basculement vertigineux ! » s’affole une invitée. Sur Europe 1, un journaliste s’indigne : « On a créé un monstre en donnant trop de pouvoir aux juges. La liberté de l’élection doit primer sur le droit pénal ! Cette décision va éloigner les citoyens de la politique ! »
Retour sur CNews, où le plateau est toujours en état de choc. « Les réactions internationales sont nombreuses », annonce-t-on gravement. Viktor Orban tweete « Je suis Marine ! ». Le Kremlin, dans un élan d’ironie, déplore « une violation des normes démocratiques ». Les bandeaux d’alerte s’emballent : « Marine Le Pen empêchée pour 2027 ». La présentatrice, en pleine colère froide, martèle : « C’est un jugement excessif par rapport aux policiers qui se font agresser ! Ce n’est pas la même sévérité ! Et ce n’est pas être démago que de le dire ! »

Attaques en toc
La machine à réhabiliter le RN tourne à plein régime. Un journaliste politique rappelle que le FN, puis le RN, n’avait plus un kopek et que personne ne voulait leur prêter de l’argent. Un autre vocifère : « Les juges n’ont de comptes à rendre à personne ! Ça ne peut plus continuer comme ça ! ». Et dans une belle confusion volontaire, on mélange tout : « Déjà en 2017, les juges du PNF avaient sacrifié l’élection présidentielle avec François Fillon ! ». « Et Cahuzac, lui, n’est même pas allé en prison ! »

La présentatrice, toujours fidèle à la ligne du canal Bolloré, recadre : « Oui, mais pour Marine Le Pen, il n’y a pas eu d’enrichissement personnel, contrairement à Cahuzac ». Une autre invitée enchaîne : « Pour Nicolas Sarkozy, il y avait une volonté d’écraser l’ancien chef de l’État. Rien ne justifiait que les juges s’attaquent ainsi à lui ! ». Et pour conclure cette grande messe réactionnaire, la présentatrice soupire : « Certains s’en délectent, pendant que d’autres mesurent les effets dévastateurs sur notre démocratie ». Un journaliste politique se veut visionnaire : « L’injustice est un levier mobilisateur, comme on l’a vu aux États-Unis ».

Le poison du mensonge
Désolé de vous avoir infligé cette lecture. Mais cette séquence montre à quel point la concentration des médias entre les mains de milliardaires réactionnaires est un poison pour la démocratie. En à peine une heure trente, ces « experts » militants ont craché à la figure de l’État de droit. Non, et malheureusement, la pollution des idées d’extrême-droite ne s’arrêtera pas à la présence de Le Pen à la présidentielle. Non, cette condamnation n’est pas une décision politique. Enfin, non, cette décision judiciaire n’est pas une atteinte à l’État de droit. Bien au contraire, elle prouve que le pouvoir judiciaire reste indépendant. Mais le RN n’aime pas les libertés. En mélangeant tout, leurs organes de propagande instillent le doute, sapent la confiance dans la justice et fabriquent un poison redoutable : la suspicion permanente.
Pourtant, ces amnésiques pourraient se souvenir de quelques déclarations de Marine Le Pen elle-même : « Quand allons-nous tirer les leçons et mettre en place l’inéligibilité à vie pour tous ceux condamnés pour des faits commis grâce ou à l’occasion de leur mandat ? » Ou encore ce tweet : « Je demande l’application stricte et entière de la loi via le principe de tolérance zéro. » Pour une fois que la fille Le Pen ne dit pas d’ânerie, personne ne l’écoute. Quelle injustice !